Entretenir sa paranoïa : la piscine

La piscine c’est bien, il y a tous les âges, toutes les corpulences, là au moins personne juge, et puis on peut faire du sport sans être embêtés, se détendre, y passer tout le temps qu’on veut.

Que nenni.

Tu commences par vouloir nager dans la moitié sans lignes d’eau, il y a, logiquement, des enfants qui jouent, des adultes plantés debout au milieu juste là où finit le petit bain, et des gens qui essayent diverses planches et flotteurs.

Tu te rabats donc dans la lige d’eau « nageur lent », parce que bon, t’es pas venu-e pour faire de la compète. Tu te retrouves à slalomer entre les nageurs plus que lents et à doubler trois personnes par longueur, quand tu ne te prends pas le pied du nageur qui est devant dans ton menton (qui est derrière, si vous suivez). Il l’a fait exprès, c’est certain.

Tu changes de ligne, tu passes chez les nageurs moyens. Un connard qui fait du dos crawlé, aka la nage la plus lente du monde, te convainc que chez les moyens aussi on a décidé de t’empêcher de te détendre.

Chez les nageurs rapides, c’est même pas la peine, t’es pas venu-e battre un record on a dit. Et puis eux, si, ils flottent et glissent sur et sous l’eau et ça fait bouger les muscles de leurs grosses épaules luisantes d’eau de javel. Tu te perds un peu en scénarii de films pour adultes à base de nageurs de compétitions en slips et sans les claquettes pour marcher au bord, ah non trop tard je visualise les claquettes c’es foutu, et tu retournes chez les moyens.

Tu commences à être un peu fatigué-e d’avoir tant slalomé, alors maintenant c’est toi qu’on double. Tu as même vu quelqu’un ne pas finir sa longueur et faire demi-tour à 8 mètres du bord quand toi, tu touchais le bord, pour être sûr de ne pas se retrouver derrière toi. Hashtag vexation.

Tu retournes chez les lents, ici au moins tu ne rencontreras aucun signe que tu ne nages pas assez bien. Tu travailles ton crawl en respirant bien et sans battre des jambes, quand tu heurtes la plante de pieds dégoûtante du connard qui fait du dos. Qui a lui aussi décidé de ne plus déranger personne – cherchez l’erreur – en allant dans la file lente. En le doublant, tu te prends en pleine figure la main de la crawleuse d’en face qui, crawl oblige, ne levait pas la tête et ne s’attendait pas à trouver quiconque en face d’elle à contre-sens. Heureusement qu’on n’est pas sur une route, tu serais un danger public.

Tu as eu tort, et en plus tu as mal à l’oeil maintenant. Tu repasses du côté sans lignes d’eau, les enfants sont partis, et ces gens qui papotent ça ne fera pas plus de slalom que dans les lignes, après tout.
Tu tentes laborieusement de compléter ta longueur quand un groupe de quatre jeunes crawleurs de compétition te passe devant à toute allure dans un fracas de remous, de mouvement parfaits et de biceps gonflés. Et repasse en sens inverse au retour. Il faut évidemment que tu dévies ta trajectoire pour les laisser passer.

On n’est plus tranquille nulle part.

Tu sors, épuisé-e moralement plus que physiquement, et tu te dis que la prochaine fois, ce sera vélo d’appartement absolument seul-e.

Tu avais évidemment oublié les douches communes avec la mousse du gel douche des autres qui dégouline jusqu’à tes pieds, et le sol dégoutant des vestiaires à cause de tous ces gens qui marchent en tongs de plage encore sales de l’été à la mer au lieu d’être pieds nus.

Le sport ça détend tellement.

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J’aime pas les gens : la connasse de la pharmacie

Parce que les gens sont énervants, et qu’il y en a une qui m’a défrisée cette semaine.

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J’étais donc à la pharmacie, pas jouasse du tout, je venais acheter un test de grossesse, parce que 10 jours de retard de règles, ça devient un poil inquiétant.

Donc déjà, tu es dans la pharmacie, à la fois stressée en pensant à tout ce que ça implique, 10 jours de retard, une grossesse non désirée, veau, vache, cochon.

Après avoir fait 4 fois le tour de la pharmacie, tu avises que les tests sont rangés en hauteur sur une étagère pour laquelle il faudra te mettre sur la pointe des pieds, te pencher en avant et tendre le bras pour l’atteindre. En-dessous, à hauteur de ton nombril (ou de ton slip plus exactement), il y a les préservatifs. Alignés en 6 rangées de 12, et tout au bord.

Quelle bonne idée monsieur le préparateur de pharmacie de ranger les capotes à l’endroit où le moindre mouvement générant un courant d’air va les faire tomber ! Si c’est la place qui te manque, pourquoi tu mets pas plutot les bidons de lait maternisé qui risquent pas, eux, de tomber si un pan de manteau les frôle ?

D’autant plus que ce serait plus en phase avec les tests de grossesse, rapport à la suite logique des événements, plutôt que d’y mettre les capotes qui lancent un message pas très subliminal hé jouvencelle ! Si t’avais commencé par m’utiliser, t’en serais pas là ! (note personnelle : je me contraceptionne de manière adaptée à ma situation, merci)

Bien sûr, en te penchant pour attraper ton satané test, tu fais tomber 3 boites de préservatifs – qui étaient tout au bord je le rappelle – qui atterrissent par terre dans un embarrassant fracas de type tacatacasplasch. Toute la pharmacie se retourne (6 clients et 3 pharmaciens, on est dans une grande ville hein). Tu meurs de honte. Tu te précipites donc, à défaut de trou de souris à proximité immédiate, dans la queue. Tu espère que tout le monde se dira comme toi qu’ils avaient qu’à ranger correctement leurs produits dans cette pharmacie, et que c’est scandaleux d’accabler de honte cette pauvre jeune femme déjà assez dans la panade comme ça.

Que nenni.

Niet.

Nada.

La connasse était au guichet, elle a payé sa commande puis, dans son chemin vers la sortie, s’arrête face à moi qui regardais les peignes d’un air dégagé en attendant mon tour, le test de l’angoisse sous le bras, me toise et me dit :

Madame, je sais pas si vous avez remarqué, vous avez fait tomber des boites, là bas.

Et moi, au lieu de lui répondre qu’elle a qu’à aller les ramasser si ça lui gâche le paysage, que c’est pas ma faute s’ils savent pas arranger un rayon ici, qu’elle ferait moins la maligne si elle était en train de se poser des choix cornéliens à propos de fondation de famille et de je suis trop jeune bord*l, au lieu de lui rire au nez, la prendre de haut, ou au moins de réagir avec classe et élégance en me drapant dans ma dignité, comme Dignité avait disparu depuis le tacatacasplash, je balbutie d’une toute petite voix qui tremble un peu au fond, que oui, ah oui, j’irai ramasser quand j’aurai fini de faire la queue.

Les autres clients se sont re-retournés pour savourer cet instant où j’ai à nouveau cherché le trou de souris assez grand pour moi. J’étais devenue la connasse de la pharmacie, celle qui fait tomber un truc et fait semblant qu’elle va ramasser.

J’ai hésité à partir, drapée dans mon absence de dignité, mais bon, y’avait pas d’autres pharmacies dans le quartier, tout fermait à cette heure, et j’avais vraiment besoin de  faire ce test et d’en avoir le coeur net.

J’ai payé mon test, et, en partant, sous le regard satisfait des autres clients, j’ai ramassé les boites de capotes.

Un paillasson mort de honte, j’étais.

 

Epilogue : le test est négatif, merci petit Jésus.

Et j’espère très fort que la connasse vivra des torrents de misère sexuelle dans les flammes d’un enfer rempli de capotes parfum fraise chimique.