2016 est-il sexiste ?

Edit du 7 janvier 2016: après les défections de neuf auteurs nommés dont Riad Sattouf, Joann Sfar et Daniel Clowes le Festival d’Angoulême a a son tour publié un communiqué annonçant que des noms d’auteures allaient être ajoutés à la sélection.

OK.

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Comme le dit l’illustratrice Catel Muller dans une interview à France Info, « C’est une question de principe, mais ça ressemble un peu à de la charité  » (allez écouter son interview ici).

 Deux conclusions:

  • laver c’est bien, ne pas salir c’est mieux. Fallait y penser avant, les mecs.
  • on salue tout de même la réaction rapide et la réponse en mode « OK on a déconné et en fait on aime les auteures » de l’organisation du Festival, qui limite sérieusement la casse.

 

Article initial du 5 janvier 2016

Hé on est bien en 2016 ? pas en 1916 vraiment ?

Donc l’année commence bien pour les phallocrates, avec aucune femme nommée pour le grand prix d’Angoulême 2016. 30 noms. Zéro femme.

De mâles auteurs sélectionnés qui n’ont pas usurpé leur place dans cette liste, hein, par ailleurs, des artistes géniaux comme Joann Sfar, Junichiro Taniguchi, Riad Sattouf (qui a d’ailleurs demandé à être retiré de cette sélection virile), et même Binet (des Bidochons, oui oui).

Pourquoi pas une seule femme les gars ?  Quelle bonne raison va-t-on pouvoir nous sortir ? Inventaire de ce qu’on s’apprête à entendre :

 » Les auteures femmes n’ont pas autant de talent que leurs homologues masculins »

Ce qui expliquerait aussi que seule Florence Cestac ait déjà gagné un grand prix d’Angoulême. Une seule femme. En 43 ans de grand prix. C’est le jury du Prix Goncourt (rappel : 10 femmes primées en 110 ans de prix) qui vote à Angoulême en fait ?

Les auteures de bande dessinées sont nombreuses et ce ne sont pas franchement des dessinatrices du dimanche, pensons déjà aux immenses Claire Brétécher et Marjane Satrapi.  Et puis Catel Muller, Margaux Motin, Diglee, Pénélope Bagieu, Mirion Malle, etc ne sont pas franchement des bleues non plus.

Dans la même veine, on entendra probablement que les femmes auteures sont moins drôles  – et Mirion Malle démonte merveilleusement ce poncif.

 

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allez lire la suite sur l’excellent Commando Culotte de Mirion Malle !

« Il y a plus d’hommes (/ de blancs / de quinquagénaires / d’hétéros / , …) dans ce milieu, c’est normal que ce soit parmi eux que les meilleurs talents émergent » – l’argument utilisé aussi contre la parité ou la diversité quel que soit le domaine)

En montrant aux filles qu’elles ne sont pas les bienvenues au sommet, ce n’est pas prêt de changer.

 « Cette année seuls des hommes ont été désignés, on ne va pas en faire un drame, ce sera différent l’an prochain ! »

Ce n’est pas comme si c’était exceptionnel : la sélection n’a jamais compté une majorité d’auteures.

C’est bien dommage parce qu’à part ça de nombreux genres de BD sont représentés à travers ces nominations, tout comme des origines et des religions diverses.

Puisque les auteures de BD ne sont pas reconnues à leur juste valeur, je vous propose une semaine de découverte des auteures de BD – attention, on évite de dire « BD féminine » : puisque « la bande dessinée masculine » n’a jamais été attestée ni délimitée, il est rabaissant pour les femmes auteures d’être particularisées comme créant une « bande dessinée féminine » dit la Charte des créatrices de bande dessinée contre le sexisme.

Pour aujourd’hui, c’était l’hilarant Commando Culotte qui vous explique que les filles sont drôles comme l’éclair, mais aussi le problème de la représentation dans des BD drôles et, ce qui ne gâche rien, intelligentes.